Afrique Debout
UN CONSUL TRES A CHEVAL SUR LES VISAS

UN CONSUL TRES A CHEVAL SUR LES VISAS

 

C’est avec une terrible émotion que je viens de relire dans Le Canard Enchaîné du 26 septembre 2007 le rappel de ce drame effroyable qui avait ému et bouleversé le monde entier en 1999 : l’histoire de ces deux gamins guinéens retrouvés morts en Belgique dans le train d’atterrissage d’un avion belge venant de Guinée.

Une histoire qui, donne un caractère encore plus dramatique à ce qui se passe aujourd’hui en Méditerranée et dans l’Océan Atlantique. Voyez tous ces boat people d’un nouveau genre qui n’hésitent pas à affronter les mers et les océans dans des rafiots qui sont de véritables cercueils flottants, pour essayer de gagner l’Europe, où ils espèrent trouver une vie meilleure. Tous ces risques que prennent tous ces pauvres hères, dont de plus en plus de femmes donnent au message posthume laissé par ces deux enfants guinéens une tonalité qui le fait sonner comme une véritable mise en garde prémonitoire inspirée par une force divine. Mise en garde adressée d’abord indirectement à nos dirigeants africains, mais aussi, et surtout à un monde développé et (soit disant) civilisé qui ferme de plus en plus ses frontières, et même son cœur, à ceux qui ont eu le malheur de naître dans des régions pauvres. Un véritable pied-de nez  adressé à leurs « Excellences, Messieurs les membres et responsables d’Europe… » à la veille du passage dans le 3e millénaire.

 

J’ai jugé comme un devoir de mémoire envers ces deux jeunes victimes, de vous faire partager l’histoire suivante, relatée dans son style si particulier par le célèbre « volatile » (Le Canard Enchaîné) de la rue Saint-Honoré. Et ce d’autant plus que cette histoire est une confirmation vivante de ce que j’écris plus haut à propos de l’attitude actuelle de l’Europe…

 

« Complètement consul.

 

« C’est l’histoire d’une équipe de télé hollandaise qui se rend en Guinée pour enquêter sur Yaguine et Fode, deux jeunes gens (14 et 15 ans) retrouvés morts dans le train d’atterrissage d’un Airbus de la compagnie belge Sabena en Belgique en 1999. Ces deux passagers clandestins avaient écrit une lettre terriblement touchante, trouvée sur leurs cadavres, et restée fameuse, qui commençait par ces mots : « Excellences, Messieurs les membres et responsables d’Europe, Nous avons l’honorable plaisir et la grande confiance de vous écrire cette lettre pour vous parler de l’objectif de notre voyage et de la souffrance de nous, les enfants et jeunes d’Afrique… »

« Ce qu’ils demandaient : qu’on leur permette, à eux et à  leurs pairs, de bénéficier d’ « une bonne éducation et (d’)un bon enseignement. » Dans leur propre pays, à moins d’être fortuné, impossible.

« Au cours de leur reportage à Conakry, la journaliste de l’équipe, Ingeborg BEUGEL, fait la rencontre d’un jeune homme vivant dans un bidonville, Ibrahim DIALLO, alors âgé de 18 ans, qui l’impressionne : intelligent, déterminé, courageux (il est seul à oser critiquer devant la caméra le régime militaire et corrompu). L’équipe le prend sous son aile. Pendant sept ans, elle collecte de l’argent pour lui payer des études de droit : pas loin de 17 000 euros rassemblés par cinq cents donateurs. Et il ne déçoit pas les espoirs placés en lui.

« Avant l’été, cet étudiant modèle demande un visa pour la France. Après une maîtrise de droit des affaires obtenue à Conakry, il veut décrocher un diplôme mieux reconnu, une maîtrise de droit international. À l’université de Limoges, le doyen, Hélène PAULIAT, l’accepte « avec enthousiasme ». Refus net du consul de France à Conakry de lui donner un visa. Pourtant, « il présente toutes les garanties requises, en termes de parcours d’études, de cursus, de motivation et de  ressources financières », insiste le doyen. En pure perte. Refus réitéré.

« Pourquoi ? Mystère. Contrairement à ses homologues hollandais, le consul de France n’a pas à motiver ses décisions. Pas de deuxième chance possible. « Il existe des centaines d’Ibrahim DIALLO en Guinée, écrit Ibrahim DIALLO. Il se peut qu’il y ait une confusion de prénom. » Mais le consul est catégorique. C’est niet ! Et même pas besoin de test ADN...

« Il ne reste plus à Ibrahim qu’à se planquer dans un train d’atterrissage ? »

Sans commentaire

 

 

Samuel MBAJUM


Le 01/10/2007
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