L’AFRIQUE MARCHE SUR LA TETE…
Afrique ! Pauvre Afrique !…
Qu’avons-nous fait, nous pauvres fils d’Afrique pour mériter tout ce qui nous tombe sur la tête ces derniers mois ? De la Guinée à Madagascar en passant par le Zimbabwe et la Guinée Bissau, que nous arrive-t-il ?
La Guinée : un dictateur impotent et sans cœur s’en est allé (malgré tout que la terre de ses ancêtres lui soit légère), et le système qu’il avait mis en place et maintenu à coup de corruption et de prébendes sur fond de trafic de drogue et de massacres des damnés affamés de sa terre a implosé. Je dirai tant mieux, car il a donné naissance à un régime militaire qui donne très nettement d’agir de façon atypique par rapport aux autres régimes militaires qui arrivent au pouvoir dans les mêmes conditions. Le jeune Capitaine que ses pairs ont choisi comme porte-parole donne l’impression de vouloir faire bouger les choses dans le bon sens. Qu’on lui foute un peu la paix jusqu’à la fin de l’année pour qu’il mette un peu d’ordre et organise l’élection présidentielle comme il l’a promis. On lui reproche de mener lui-même des interrogatoires des prédateurs de l’ancien régime en direct à la télévision, signe, paraît-il, d’une dérive dictatoriale. Peut-être aurait-on voulu qu’il les interroge à huis-clos au Camp Boiro, de la manière que l’on imagine, et qu’il vienne ensuite déclarer qu’ils ont tout avoué… Et puis j’ai beaucoup aimé les gestes de respect qu’il manifeste à l’endroit des aînés, sans se dire que maintenant c’est lui le chef, et qu’il peut marcher sur tous les citoyens ; ça c’est comme cela que l’on reconnaît un vrai fils d’Afrique. Pourvu qu’il ne prenne pas la grosse tête sous la pression des flatteurs…
Le Zimbabwe : Voilà un pays qui nourrissait toute l’Afrique australe il y a encore moins de 10 ans, et dont les habitants aujourd’hui meurent de faim. Pas tous, juste la très grande majorité des gueux qui ont le tort d’être pauvres, très pauvres. M. MUGABE, ce vieillard sénile et débile dont la place la mieux indiquée se trouve dans un asile n’a pas ce problème là, lui qui peut se permettre de dépenser 250.000$ US pour fêter son anniversaire. Au fait en dollars zimbabwéens ça fait combien ? Un monsieur qui avait pourtant une place toute désignée dans le Panthéon des héros africains, s’il avait suivi l’exemple éclairé de Madiba Nelson MANDELA et s’était retiré du pouvoir pour gérer la reconnaissance éternelle de son peuple, malgré les massacres perpétrés dans le Matabeleland et l’élimination politique de ses adversaires, là où MANDELA suppliait les siens comme BUTHELEZI de participer au processus de réconciliation nationale. Au lieu de ça il se permet de jurer que lui vivant son opposant le plus sérieux, TSVANGIRAI, ne deviendrait jamais chef de l’Etat. Ce qui revient à dire que dans sa tête il a acquis un titre foncier sur la présidence de la République. On nous dit que ce sont les Anglais qui sont responsables de tous les malheurs du Zimbabwe. Ils ont bon dos, les Anglais. Qu’a-t-il fait des fermes qu’il a confisquées des fermiers blancs ? Pour le malheur de l’Afrique, un Thabo MBEKI, qui s’est révélé comme l’un des pires nains politiques de l’Afrique, a soutenu ce fossile contre toute logique, au point de ne pas tirer les leçons de la crise kenyane comme a su le faire Koffi ANNAN, en imposant un gouvernement d’union nationale avec une répartition équitable des postes de responsabilité. Plus de 4000 Zimbabwéens sont morts de choléra, alors que M. MUGABE avait décrété que le mal était fini. Pauvre Afrique…
La Guinée Bissau : On vient d’assassiner un Président élu, donc de changer par la violence l’ordre constitutionnel, et l’Union Africaine trouve le moyen de dire qu’il ne s’agit pas d’un coup d’Etat puisque, semble-t-il, le processus constitutionnel s’est mis en place après la mort du Président. Le président de l’Assemblée nationale assure l’intérim et doit organiser les élections dans 2 mois. Comme les commanditaires de l’assassinat du Président vont prendre « démocratiquement » les choses en main à l’issue de ce scrutin, comme c’est prévisible, va-t-on leur dérouler le tapis rouge à la suite de leur « brillante élection » ?
Et maintenant Madagascar. Le summum de l’inconscience, de l’irresponsabilité. Décidément la honte ne tue pas. Voilà un jeune blanc bec, Disc Jockey de son état, même pas éligible selon la constitution, qui se permet de donner un ultimatum à un chef d’Etat élu, qui n’est peut-être pas un saint, mais qui détient son mandat du peuple, et qui somme le chef d’Etat de se démettre et de lui remettre le pouvoir, qui « nomme » un Premier Ministre, un gouvernement, et tout le monde applaudit, à commencer par les ténors de l’opposition légale, y compris un ancien chef de l’Etat. Non mais où allons-nous ? Je m’excuse d’être aussi trivial, aussi brutal, mais si les politiciens professionnels se couchent devant un jeune fouteur de merde, alors ils n’ont pas de couilles et il faut qu’ils renoncent à la politique. Il existe quand même des outils juridiques ou constitutionnels pour mettre fin mandat du Chef de l’Etat si celui-ci a failli, que d’applaudir à la gesticulation d’une honorable dame qui, parce que « nommée ministre de la Justice » de façon illégale, décide de lancer un mandat d’arrêt contre le Président élu. Et si ses partisans ne cèdent pas et que le sang coule, sur qui rejettera-t-on la responsabilité ? Pauvre Afrique…
Ah, j’allais oublier le mandat d’arrêt de la CPI contre le Président soudanais. Comme c’est amusant d’entendre tous ces Africains, surtout des intellectuels, réagir avec une mauvaise foi qui serait risible si elle ne dénotait un misérabilisme de la pensée inquiétant pour l’avenir de notre continent. Affirmer comme ils le font que la CPI ne s’acharne que sur les Africains signifie, au mieux que parce que nous sommes Africains nous avons le droit de nous prévaloir de nos propres turpitudes, au pire que nos dirigeants peuvent torturer, massacrer, assassiner leurs peuples, ils ont des circonstances atténuantes. Je ne sache pas que MILOSEVITCH ou KARADZIC soient Africains… Et puis, réagir dans le sens de la défense de AL BECHIR, c’est insulter la mémoire de tous ces Soudanais, de préférence noirs animistes ou musulmans modérés que les dirigeants islamistes soudanais massacrent dans l’indifférence générale, à commencer par les Africains, depuis le milieu des années 1950. S’il se trouve des Africains pour accepter cela, je m’y refuse. Il faut que nos dirigeants comprennent une bonne fois pour toutes qu’à force de massacrer leurs citoyens, ils seront désormais tôt ou tard rattrapés par un tribunal pénal international.
Afrique réveille-toi…
Le 16/03/2009