Afrique Debout
Le dernier des "Mohicans" africains
Le dernier des « Mohicans » africains

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Ainsi donc, El Hadj Omar BONGO ONDIMBA a rejoint la terre de ses ancêtres ce 18 juin 2009.

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C’est une page de l’histoire du Gabon, voire de toute l’Afrique qui se referme. La disparition de ce grand Homme a été diversement commentée, mais, à quelques très rares exceptions près, tous les Gabonais, même ceux qui l’ont combattu de son vivant, ont salué e, lui un homme de paix et de dialogue. Son bilan a été décortiqué en long et en large, aussi bien par ses partisans que par ses adversaires, chacun livrant sa part de vérité ou de jugement, plus ou moins teintée de bonne ou de mauvaise foi.

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En ce qui me concerne, je voudrais faire part de ce que m’inspirent les différentes réactions que j’ai entendues ici et là, dans la bouche d’anonymes comme dans celle de personnalités de tous bords, mais aussi de certains journalistes, en particulier français. En tant qu’Africain, j’ai été particulièrement choqué par certains propos, dont ceux de l’un des procureurs du « procès des bien mal acquis » intenté contre 3 Chefs d’Etat africains, dont le défunt, qui a déclaré que la mort d’Omar BONGO ONDIMBA n’arrêterait pas la procédure judiciaire lancée contre lui. Etait-ce vraiment nécessaire de le dire de cette façon là, et à ce moment là, alors que le corps du défunt était encore tout chaud ? Ensuite l’on a assisté à une sorte de danse du scalp autour de la dépouille… C’était à qui prétendrait détenir l’Information, la vraie, concernant le jour, l’heure et la minute précis du décès, une rumeur tombant à point nommé pour dire que le défunt Président était mort dans l’avion l’amenant en Espagne dès le 7 mai, et que le gouvernement espagnol avait menacé la France à compter du 12 juin de ne plus garder le secret. Est-ce à dire que, de tous les pays occidentaux où il y a quand même de bons journalistes d’investigation indépendants, l’Espagne serait le seul où il n’y aurait pas de fuite d’une information aussi importante ? Tout cela me paraît bien curieux. Et puis, de toutes les façons, qu’est-ce que cela ajoutait à la triste vérité ?

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J’ai surtout été choqué, écoeuré par les propos de certains journalistes français, « spécialistes » de l’Afrique, qui ont déversé leur dose de bave sur la dépouille. Je me méfie toujours de ceux qui, dans de telles circonstances, crient le plus fort : à mes yeux ils sont suspects de se livrer à une tentative maladroite de cracher dans une soupe dont on a mangé, histoire de se dédouaner de certaines compromissions passées. On sait à quel point BONGO savait se faire des obligés et, contrairement aux journalistes anglo-saxons qui, dans leur grande majorité refusent les cadeaux susceptibles de fausser le contenu de leurs papiers ou de leurs reportages, certains journalistes français ne rechignent pas d’aller à la soupe. Nous autres Bantous avons pour philosophie que lorsque quelqu’un disparait, fût-il un criminel, l’on doit observer une certaine décence à son endroit, au moins jusqu’à la fin de sen deuil. Sans la retenue qu’exige la circonstance, j’avoue que j’aurais souri en entendant certaines personnes affirmer une chose et son contraire : déclarer que El Hadj Omar BONGO ONDIMBA s’est préparé une succession dynastique, et dire dans le même temps qu’il laisse son pays dans l’incertitude, pour n’avoir pas désigné un successeur officiel. Il est au moins réconfortant de constater que la communauté internationale a salué unanimement la manière dont jusque là la relève s’opère. S’il en est ainsi, n’est-ce pas précisément parce que la défunt avait mis en place un mécanisme constitutionnel qui a parfaitement fonctionné ? Alors, pourquoi lui reprocher de n’avoir pas préparé sa succession ? Qu’aurait-on dit s’il avait ouvertement adoubé, que dis-je désigné un des siens comme successeur ? Il n’est pas sûr que dans d’autres pays voisins du Gabon les mécanismes de succession constitutionnels soient aussi bien huilés, et que leurs populations fassent preuve d’autant de sagesse que les Gabonais. Précisément, cette sagesse ne découle-t-elle pas directement du fait qu’Omar BONGO ONDIMBA avait su instaurer er et entretenir une culture de paix dans son pays ? Son deuil, ressenti profondément et sincèrement ressenti par une large majorité de ses compatriotes est la preuve incontestable qu’il était aimé de son peuple, nonobstant ses erreurs, et les frustrations qu’a pu légitimement avoir une partie de ce peuple.

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Certes, les révélations du « dossier des biens mal acquis » ont jeté une sérieuse tache sur son action, en montrant qu’il a largement puisé dans les caisses de l’Etat pour des usages personnels. Mais les commentateurs l’ont dit et redit, il a aussi utilisé une bonne partie de ces fonds pour acheter la paix dans son pays, mais aussi pour essayer d’en faire autant dans plusieurs autres pays africains en proie à des conflits de toute nature; seule condition : que cet argent remis aux différents acteurs politiques (gouvernants et opposants) serve non pas à alimenter les conflits, mais au contraire à négocier la paix par le dialogue. Or tout le monde reconnaît que la paix n’a pas de prix. Au sujet de certains reproches faits au défunt concernant l’absence d’infrastructures au Gabon et le fait que Libreville est loin d’être à la hauteur de la capitale d’un pays aussi riche que le Gabon, mon jugement, je l’avoue, est assez iconoclaste : en tant que Chef de l’Etat, Omar BONGO ONDIMBA a été le premier responsable de cette situation, mais a-t-il été lé seul ?  Le véritable problème, à mon point de vue, est imputable à l’irresponsabilité , le manque de patriotisme et la cupidité des ténors de l’opposition, ou qui ont toujours se faire passer pour tels. Je m’en explique : lorsque que l’on se dit opposant en politique, c’est parce que l’on estime que celui qui est au pouvoir est incapable, inapte, bref ne défend pas suffisamment les intérêts du pays et des populations. On doit dès lors se fixer pour objectif majeur de mener un combat d’idées contre le pouvoir en place en proposant un projet et une alternative crédibles, susceptibles de convaincre les électeurs de vous préférer à l’homme en place au cours d’élections justes. Mais, si c’est pour verser dans des invectives virulentes contre le pouvoir en place, promettre monts et merveilles aux électeurs, uniquement pour faire monter les enchères afin de monnayer au prix fort son ralliement à ce pouvoir, alors non seulement on est méprisable, mais à mes yeux on est une crapule pire que celui que l’on dénonce (même si je n’absous pas ce dernier de ses responsabilités).

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En outre – et le Gabon a été un cas quasi unique dans ce domaine – si en prenant la posture d’opposant on n’encourt aucun risque physique personnel comme c’est le cas dans bon nombre de pays africains où le pouvoir a parfois, si ce n’est souvent, recours à la menace à l’intégrité physique de ses opposants pour les ramener dans le rang, la trahison des idéaux que l’on prétend défendre devient un crime. Dans ces conditions en effet, se laisser acheter à coups de milliards au point de s’intégrer dans ce que nous appelons en Afrique la « mangeoire », voire de rallier carrément le pouvoir que l’on dénonçait, en principe sans concession, est non seulement une grave faute, mais aussi une injure faite au peuple que vous avez fait rêver de lendemains meilleurs. Au Gabon comme dans bon nombre de pays africains, la logique du prétendu combat des « opposants » contre le pouvoir est celle du « ôte-toi de là que je m’y mette », précisément parce que pour les uns et les autres, le pouvoir est un gâteau que l’on doit se partager à tour de rôle. Il est important de souligner que les anciens ténors de l’opposition gabonaise ont eu la décence de ne pas salir la mémoire du défunt. Il faut aussi relever que dans ces conditions il n’y a actuellement aucun opposant vraiment crédible parmi les poids lourds de la classe politique gabonaise. Du coup, le Parti Démocratique Gabonais a toutes les chances de conserver démocratiquement le pouvoir, car les partis pouvant constituer une alternative d’opposition crédible est encore trop jeunes et pas vraiment assez structurés et connus localement ; il faut pour cela qu’il convainque ses principaux dirigeants de mettre de côté les ambitions personnelles pour désigner le plus crédible et le plus apte d’entre eux pour défendre la couleur du parti. Unis jusqu’au bout, ils montreraient à l’opinion nationale et internationale qu’ils ont retenu les leçons de paix et de dialogue du défunt Président fondateur, et qu’ils sont déterminés à préserver cet héritage dans la légalité. Divisés ; ils risquent tous d’être sanctionnés par le verdict populaire et de tout perdre, et surtout de plonger leur pays dans une période d’incertitudes dont on peut d’autant moins prévoir la durée et la portée que ces divisions ouvriraient inévitablement la porte du poison de la haine et de la détestation. On sait où cela mène.

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Si Omar BONGO ONDIMBA est resté 42 ans au pouvoir sans assassiner ses opposants, sans les embastiller, sans faire tirer sur ses populations pour étouffer toute velléité de protestation, c’est un cas quasi unique en Afrique. Cela prouve qu’il a été le plus fort. Alors je dis : « salut l’Artiste. »…

Le 22/06/2009
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