QUELQUES-UNS DES PRINCIPAUX FAITS D’ARMES DES TIRAILLEURS «SÉNÉGALAIS»
Même si la France officielle n’a jamais vraiment reconnu ce qu’elle doit aux Tirailleurs «Sénégalais», force est de reconnaître, comme surent le faire en leur temps avec beaucoup d’honnêteté et de courage certains de leurs chefs, sans ces vaillants combattants, l’histoire n’aurait jamais été celle dont elle se glorifie à toutes les occasions.
Voici quelques faits qui en témoignent.
1881: Le Sergent MAMADOU-LAMINE, à qui SAVORGNAN de BRAZZA a confié la garde du poste qu’il vient d’ouvrir sur l’emplacement duquel s’élève aujourd’hui Brazzaville, tient tête à l’explorateur anglais STANLEY, qui l’a sommé, sous la menace armée, d’évacuer le poste. Il sauve ainsi le poste et la future colonie du Congo.
1898: Le Sergent SAMBA TARAORÉ et le Caporal KOUBY KEITA entrent dans la légende des guerres coloniales en tenant victorieusement tête, avec seulement 10 Tirailleurs, au terrible Sultan AHMADOU de Zinder, avec ses milliers de guerriers.
Au péril de leur vie, les deux sous-officiers récupèrent les corps de leur Capitaine, CAZEMAJOU, et de leur camarade l’interprète indigène BADIÉ DIARRA, assassinés par AHMADOU; Leur acte de bravoure sera commenté en ces termes dans l’ «Historique du 2e Régiment des Tirailleurs Sénégalais, 1892-1933»: «Le massacre de cette mission (celle de CAZEMAJOU) fournit à un groupe de gradés indigènes et de Tirailleurs du Régiment Soudanais d’accomplir à Zinder un fait d’armes qui s’apparente aux pages militaires les plus héroïques de tous les temps et de tous les pays.»
1898: la prise de Sikasso marqua un tournant dans la conquête de l’Afrique Occidentale Française (AOF). Le livre «Les Armées Françaises d’Outremer. Les contingents coloniaux. Du soleil et de la gloire.» salua en ces termes le rôle des Tirailleurs «Sénégalais» dans cette prise: «La prise de Sikasso en 1898 constitue l’un des plus brillants exploits des troupes noires. C’est une page de gloire qui peut être comparée à la prise de Constantine. Sikasso est la capitale du chef BABEMBA. La chute de cette citadelle eut un immense retentissement dans l’Afrique noire. Le Lieutenant-Colonel AUDÉOUD l’accompagne avec deux compagnies de Tirailleurs.»
Dans le même livre, on peut lire: «Au combat de l’Oglat de Rachba, en 1908, 28 Tirailleurs mettent en fuite 200 Maures; quelques mois plus tard à Talmest, le vétérinaire AMIET, qu’escortent 50 Tirailleurs est attaqué à son tour par 200 Maures. Et c’est ici que se place un épisode que le Général GOURAUD s’est plu à citer comme un exemple caractéristique de la bravoure et de l’esprit d’audace des «Sénégalais». «J’ai eu sous mes ordres dans l’Adrar, au milieu du désert, le Sergent MOLO COULIBALI»
Un combat sanglant se déroula le 14 juin 1908 à Talmest (Maroc). «Dans cette lutte sans merci, les femmes elles-mêmes ont leur part d’héroïsme. C’est Morina, femme d’un Caporal goumier, blessée mortellement en distribuant des cartouches sur la ligne de feu; ce sont d’autres femmes encore, Fatma, Coumba, Bintou-Kon, Fatma-Niémelane, dont les maris, Sergents, Caporaux ou soldats sont tués dans ce combat qui elles aussi distribuent des cartouches intenses. Toutes elles sont citées à l’ordre des Troupes de l’AOF.» (Cf. ARDANT du PICQ, Lieutenant-Colonel d’Infanterie Coloniale, chef d’état-major des Troupes d’AOF.)
Le 23 novembre 1909 au combat de Kami en Côte d’Ivoire, le Tirailleur BALA-TOURÉ se sacrifie pour empêcher ses camarades de tomber dans une embuscade.
Le 9 juillet 1916, le Tirailleur Mamadou DIARRA du 61e BTS (Bataillon de Tireurs Sénégalais) reçoit une citation pour un acte de bravoure exceptionnel: lors de l’attaque de la Maisonnette, il a réussi à faire «130 prisonniers, dont 7 officiers, et enlevé 5 mitrailleuses. Bien qu’atteint d’une plaie pénétrante à la poitrine, par balle, a continué la lutte pied-à-pied dans la tranchée et l’a défendue le lendemain contre une violente contre-attaque. Ne s’est laissé évacuer que deux jours après, et par ordre.»
1917: Sur le tristement célèbre «Chemin des Dames», les Tirailleurs «Sénégalais» sont sacrifiés par milliers pour essayer de stopper les offensives allemandes. Le 61e BTS dit «Bataillon MALAFOSSE» (du nom de son chef) fait parler de lui, aussi bien pour son sacrifice que pour les actes héroïques de ses Tirailleurs.
Dans les Dardanelles en 1917-1918, les Tirailleurs «Sénégalais» de l’Armée Française d’Orient (AFO) jouent un rôle décisif dans la prise de Dobropolje (front de Macédoine) le 15 septembre 1918, et dans la marche sur Prilep et Krusevo du 20 au 30 septembre de la même année.
Après son entrée dans Prilep le 39e BTS fut cité à l’ordre de l’Armée en ces termes: «Régiment d’élite (42e Régiment d’Infanterie Coloniale (RIC) auquel est rattaché le 39e BTS comptant parmi les meilleurs de l’armée coloniale qui vient d’ajouter, sous les ordres du Chef de Bataillon MONTÉGU une nouvelle page à sa belle histoire militaire, en rompant le front bulgaro-allemand sur la Cerna et en poursuivant, par des marches forcées, l’ennemi qu’il n’a cessé de talonner pendant trois semaines, en l’empêchant de rétablir son front. En particulier le 14 octobre, par un raid audacieux de 40 km magnifiquement réussi à travers les montagnes serbes; s’est emparé de tous les convois allemands de Macédoine, lui enlevant 45 canons, la plupart de gros calibre, de nombreuses mitrailleuses, plus de 100 camions automatiques, 23 fours de campagne, 1500 voitures et des parcs de toutes sortes. A fait au cours de cette opération 150 prisonniers dont 5 officiers.»
Précision d’ARDANT du PICQ à propos de la Grande Guerre (1914-1918): «Près de 135 000 Sénégalais sont au nombre de ses acteurs, et 29 000 d’entre eux sont restés sur les champs de bataille de France, des Dardanelles et d’Orient.»
Le journal «L’Illustration» du 15 mars 1930 écrivait: «Aux Dardanelles, les «Sénégalais» ont écrit de leur sang d’autres belles pages. L’une d’elles, l’enlèvement de Koum Kalé, a fait l’admiration de tous les officiers de marine qui en ont été témoins: le Capitaine de vaisseau RONDELEUX qui commandait alors le transport «Drôme» déclare que ce «prestigieux coup de main» constitue «l’un des plus beaux faits d’armes» de notre histoire.» Quelques semaines plus tard, l’Amiral GUÉPRATTE exprima la même opinion.
Dans son livre «LES NOIRS. D’après des documents officiels.» paru en 1916, Alphonse SÉCHE écrivait:
- combats de Verdun de 1916: «…les Tirailleurs montrent un courage qui fait l’admiration de leurs chefs et des troupes blanches engagées auprès d’eux. Ici le Sergent MAMOUROU KEÏTA fonce sur un abri de mitrailleuse, assomme les servants et tourne aussitôt la pièce contre l’adversaire. Là, le Caporal BOURA KEÏTA saute dans les tranchées ennemies et capture un certain nombre d’Allemands. Son Adjudant européen ayant été blessé, il porte au poste de secours et, malgré un tir de barrage formidable, revient reprendre son rang sur la ligne de feu. C’est par quatre fois que le caporal MOUSSA DANSOKO accomplit ce même acte de courage et d’humanité, regagnant finalement son poste, quoiqu’il fut blessé. Il faut l’intervention du chef de section pour obliger le Caporal KARAUKAO KONATÉ, blessé grièvement, à quitter la position conquise sur laquelle il exhortait ses hommes à travailler. Entraînée par le magnifique élan des «Sénégalais», la première ligne s’était relevée, suivant les Noirs. Les Allemands jetèrent leurs armes et se rendirent. La position était conquise.»
- Chemin des Dames: «L’Adjudant de la 3ème compagnie SÉKO KONÉ, dont la bravoure est légendaire au bataillon, pénètre seul dans un poste ennemi et tue tous les occupants à coups de coupe-coupe. ADAMAOU CONTA, Sergent à la 2ème compagnie nargue la mort en se plantant devant un parapet de la tranchée, d’où il lance une volée de grenades sur les Allemands. (…) Au 27e BTS, c’est l’Adjudant DYNÉ SYLLA qui, blessé grièvement à une main, prétend que l’autre lui suffit pour tuer les Allemands, refuse de se faire évacuer et ne consent à aller à l’arrière qu’après une deuxième et grave blessure.»
Voici le témoignage de deux de leurs chefs, qui les avaient eus sous leurs ordres, y compris pendant la conquête de l’AOF entre 1890 et 1900. Dans la dédicace de son livre «La Force Noire» au Général ARCHINARD, MANGIN écrivait simplement: «Vous les avez faits Français.» De son côté, ARCHINARD, à l’époque Colonel, avait écrit ces mots à MANGIN: «Vous avez vu nos Noirs à l’œuvre; ils vous ont donné de la gloire, vous avez défendu leur cause, et vous avez fait tout ce que vous pouviez pour leur assurer une place à côté de leurs camarades de combat, à côté de leurs frères blancs, si un jour il nous faut défendre tout à la fois notre pays, nos colonies et notre civilisation.»
Malheureusement, l’ardent désir de MANGIN de faire des Tirailleurs «Sénégalais» resta un vœu pieux…
Le 15/01/2010