FRANCE-AFRIQUE: INDEPENDANCE ARRACHÉE OU OCTOTROYÉE?
L’année 2010 est placée sous le sceau de la célébration du cinquantième anniversaire de l’accession à l’indépendance des anciennes colonies françaises d’Afrique. Un défilé est prévu à cette occasion sur les Champs-Élysées le 14 juillet, date de la fête nationale française, avec en bonne place des détachements de troupes des armées des anciennes colonies, ce qui choque bon nombre d’Africains, pour qui cela ne fait que confirmer que cette indépendance a été plus virtuelle que réelle. La preuve, affirment-ils, est que le néo-colonialisme est plus triomphant que jamais.
Que s’est-il réellement passé en 1960? Il est difficile aujourd’hui de répondre à cette question en se référant aux livres d’histoire, aussi bien du côté français que du côté africain. Parce que l’aboutissement de la décolonisation franco-africaine de 1960 a été un gigantesque marché de dupes, ce que peu intellectuels tant français qu’africains acceptent de reconnaître, y compris certains historiens français qui continuent d’entretenir le mensonge sur la question.
Un flou délibérément entretenu de part et d’autre
La problématique est la suivante: cette fameuse indépendance fut-elle arrachée par les nationalistes africains, ou octroyée par la puissance coloniale? Le «Club Novation Franco-Africaine» dont je suis membre fondateur s’est sérieusement penché sur la question et essaye d’expliquer comment les choses se sont vraiment passé: l’indépendance a été brutalement imposée aux anciennes colonies françaises au sud du Sahara et nullement arrachée. Seulement, comme notre discours est anticonformiste, chaque fois que nous intervenons sur une radio, des auditeurs appellent, au mieux pour dire leur colère d’entendre de tels propos, au pire pour nous injurier, voire nous traiter de traîtres, en nous accusant d’insulter la mémoire et le combat de nationalistes comme LUMUMBA, KWAME N’KRUMAH, UM NYOBÉ, Amilcar CABRAL… Autant de propos qui brouillent le message et le débat, et confortent les thèses de ceux qui entretiennent cette chape de mensonge sur le sujet.
Loin de moi toute idée de méconnaître le combat respectable de ces nationalistes, que certains ont payé de leur vie. Recadrons simplement les choses: nous débattons des anciennes colonies françaises, dont ne faisaient partie ni le Congo belge de LUMUMBA, ni le Ghana de N’KRUMAH, ni la Guinée Bissau d’Amilcar CABRAL. Quant à UM NYOBÉ, c’est un cas exceptionnellement à part. Je m’explique: le Cameroun n’a jamais été une colonie de jure de la France; son indépendance était inscrite dans les faits à partir de la conférence de Versailles de 1918, et il revenait à la SDN d’abord, à l’ONU ensuite, de décider du moment et de la manière de demander à la France et à la Grande-Bretagne, qui l’administraient, de le conduire à l’indépendance. Preuve supplémentaire de cette situation: le Cameroun ne participa pas au fameux référendum de 1958 au cours duquel SÉKOU TOURÉ prononça son fameux «non.» Le Cameroun a été le seul pays du giron français au sud du Sahara où des nationalistes prirent les armes pour revendiquer l’indépendance dans les années 50. Je mets quiconque au défi de m’en citer un autre…
La vérité est que le Général De GAULLE se servit de l’Afrique pour faire adopter sa constitution de 1958, en lui faisant croire que son «oui» signifierait qu’elle resterait unie à la France au sein d’une Communauté Franco-Africaine où tous les États auraient les mêmes droits et les mêmes devoirs. À la suite de quoi le Gabonais Léon MBA, fort du vote positif de son pays, chargea le Gouverneur SANMARCO de négocier pour le Gabon le statut de département français, requête à laquelle CORNUT-GENTIL, Ministre français de la France d’Outremer répondit avec brutalité: «Mais vous êtes tombé sur la tête, SANMARCO! Vous croyez qu’on n’en a pas assez des Antilles? Allez indépendance pour tout le monde!» Voilà comment se décida l’indépendance des colonies françaises, au moment précis où la majorité des Africains souhaitaient plutôt rester Français au sein de la «République Française Une et Indivisible» (La Plus Grande France), mais avec l’égalité des droits et des devoirs, sinon pourquoi avoir voté massivement «oui» au référendum? Solution qui aurait ipso facto mis fin à la colonisation, que par contre tous les peuples africains souhaitaient. Pressentant sans doute que la requête gabonaise pourrait faire tache d’huile, De GAULLE décida brutalement de se «débarrasser du fardeau africain. Bye bye! Vous nous coûtez trop cher» Il le reconnaîtra d’ailleurs avec beaucoup de cynisme dans une série d’entretiens avec Alain PEYREFITTE dans le livre «C’était De GAULLE», dont la sortie aurait dû soulever un tollé dans les milieux anticolonialistes français et africains, tant il traduit la manière abjecte dont furent traités les peuples africains, qui n’eurent même pas le droit au référendum qui devait leur permettre de se prononcer clairement sur la question de l’accession de leurs pays respectifs à l’indépendance, comme le stipulait pourtant clairement la loi 60-525 votée en mai-juin 1960, que l’homme du 18 juin viola allégrement.
Voilà quelques réflexions que je voulais vous faire partager sur ce sujet brûlant. Vous pouvez en savoir un peu plus en cliquant sur le lien ci-dessus pour suivre un débat organisé sur ce thème par FRANCE O le 25 janvier dernier.
http://toutes-les-france.rfo.fr/index-fr.php?page=player_video&id_article=396
Samuel MBAJUM
Le 08/02/2010